02 Déc 2007
L'immigration algérienne au Maroc à l'époque coloniale (5/28/2006)
Le cas de la communauté algérienne à Oujda
1ére partie
L¹émigration algérienne à l¹époque coloniale avait comme destination principale la France métropolitaine. Pour des raisons de proximité géographique, de liens familiaux et des relations culturelles et religieuses, le Maroc a été la première destination des Algériens fuyant la colonisation française, les Mouhajirin ou «exilés pour la foi». C¹était le début d¹une émigration qui prendra plusieurs formes et durera plus d¹un siècle (1840-1962). Ainsi, des dizaines de milliers d¹Algériens (100.000 environ pendant la guerre de libération algérienne) ont fait du Maroc leur seconde patrie.
Cette communication tente d¹apporter un premier éclairage sur cette émigration inter-maghrébine, en attirant l¹attention des chercheurs en matière d¹émigration sur ce phénomène. Etant donné que la communauté algérienne habitait principalement Oujda et sa région, nous consacrerons cette étude aux Algériens de cette ville. Il s¹avère intéressant de signaler que ce thème n¹a pas encore fait, à notre connaissance, l¹objet d¹études sérieuses. Nous avons là une nouvelle page de l¹histoire de l¹émigration algérienne à écrire1.
Grâce à sa colonie algérienne comptant 29.300 personnes, Oujda se plaçait en 1960 en deuxième rang au Maroc pour le nombre d¹étrangers après Casablanca. A la même date, la communauté algérienne du Maroc était de 95.000, soit 24% de l¹ensemble des étrangers (396.000). 50% des Algériens résidaient dans l¹oriental2.
Cette émigration de l¹Algérie vers le Maroc concernait les Européens de l¹Algérie (les colons), tout comme les Algériens de souche, musulmans ou juifs. Notre étude concerne seulement les Algériens musulmans. (Š)
Les sources historiographiques
Comme déjà signalé, il n¹existe - à notre connaissance- aucune étude de synthèse sur le sujet. Cependant, il y a un certain nombre de documents de base permettant de se faire une idée sur l¹histoire de cette immigration, malgré les préjugés classiques du colonialisme3, et de suivre l¹évolution de cette communauté dans cette région frontalière du Maroc. Ils fournissent des données chiffrées sur les différentes vagues d¹immigration, sa répartition géographique à Oujda, ainsi que les activités professionnelles exercées par celle-ci. Il s¹agit notamment des quelques rapports et mémoires de C.H.E.A.M. 4
- M. Lemaille (1937) : les Algériens à Oujda en 1937. Bulletin du Comité de l¹Afrique Française, n° 5, mai 1937, pp.255-260.
- P. Decroux, (1938), Les Algériens musulmans au Maroc, condition juridique et sociale. Boulogne sur Seine.
- « la vie sociale des Algériens au Maroc ». Bulletin Economique du Maroc. 1938, pp.20-25.
- P. Azam (1951), sur l¹émigration temporaire au Maroc oriental, comporte également des données importantes sur les Algériens dans le Maroc oriental.
- Le rapport du Contrôleur civil adjoint H. Lombard datant de 1953, intitulé « aspects de la situation et du rôle de l¹immigration algérienne musulmane dans la région d¹Oujda ».
- Il y a enfin le mémoire de P. Depis (1962) sur le problème des réfugiés algériens au Maroc oriental (mars 1956- mai 1962).
L¹histoire des vagues migratoires
algériennes vers le Maroc
-Les différentes vagues d¹immigration :
L¹émigration algérienne à l¹époque contemporaine est un phénomène lié à la colonisation. C¹est l¹une des conséquences des grands bouleversements provoqués par celle-ci dans les sociétés maghrébines. Les Algériens sont arrivés par plusieurs vagues. Nous distinguons quatre vagues principales essentiellement dans la ville d¹Oujda et sa région. C¹est ainsi que le contrôleur civil adjoint H. Lombard qui consacra une étude à l¹immigration algérienne dans la région d¹Oujda, qualifie cette immigration d¹un terme différent qui correspond à chaque étape de son histoire. Immigration de l¹exil jusqu¹en 1907, immigration « appelée » de 1909 à 1926, immigration «favorisée» de 1926 à 1942 mais seulement «supportée» de 1942 à la fin du Protectorat.
La première vague date de la période de l¹occupation française de l¹Algérie. Voyant leur pays occupé, beaucoup d¹Algériens fuyant cette domination, prirent le chemin d¹exil vers le Maroc. Il s¹agit des Mouhajirin (exilés pour la foi). Beaucoup ont accompagné l¹émir Abdelkader lors de son exil au Maroc en 1843-1844. Ils viennent surtout d¹Oranie : de Tlemcen, Nedroma et Mascara. Nombreux parmi eux, se posant comme concurrents des Fassis (originaires de Fès), vivaient du commerce en utilisant leur relation avec l¹Algérie pour leurs affaires. Du fait de l¹ancienneté de leur installation, à la veille du protectorat, ils étaient considérés comme Marocains. Selon plusieurs sources5 cette population suscitait chez les Oujdis (les habitants de la ville d¹Oujda) une certaine jalousie car le Cadi d¹Oujda fut souvent choisi par le Makhzen parmi les Algériens. De nombreux fonctionnaires du culte étaient algériens. Selon ces mêmes sources, cette animosité fut un facteur de maintien de la personnalité algérienne et un obstacle à la fusion totale. Cependant cette fusion se réalisa partiellement, «il y a lieu de penser qu¹au total ils n¹étaient qu¹à demi-étrangers» écrit Lombard. On trouve aussi les traces de cette première vague d¹immigration algérienne dans les sources marocaines qui parlent du bon accueil réservé par les Marocains à cette communauté d¹exilés. «Le Sultan marocain a donné ses ordres pour qu¹ils soient bien accueillis et logés.. »6 Dans son histoire de Tétouan, Mohamed Bendaoud raconte que dès le débarquement français à Alger en 1830, deux bateaux, à leur bord des familles algériennes arrivent à Tétouan en août 1830. Et en 1842 on recense à Tétouan plus de 700 algériens pauvres.7
La deuxième vague remonte à l¹occupation d¹Oujda en 1907 et l¹établissement du Protectorat. Pendant cette période arrivèrent beaucoup d¹Algériens qui devaient jouer le rôle d¹intermédiaires entre les occupants et les Marocains. Ils étaient interprètes grâce à leur connaissance de l¹arabe et du français, greffiers, instituteurs et professeurs. Leur nombre ne cessait d¹augmenter. (Š). H. Lombard8 souligne que pendant cette première période, les Algériens musulmans formaient «une colonie annexe de la colonisation européenn ». En effet appelés par l¹Administration, par des frères déjà installés, par des cousins, et des amis, affluèrent de toute l¹Oranie et particulièrement de Tlemcen ou de Nedroma (véritables pépinière de fonctionnaires), par centaines, des familles entières qui croyaient à la pérennité de la présence française au Maroc (Š).9
En effet, ceux qui étaient exilés pour des raisons religieuses lors de la conquête de l¹Algérie, n¹ont pas tenu, après l¹installation du Protectorat au Maroc, à se prévaloir de leur qualité de sujets français. Il leur importait peu d¹ailleurs de changer de nationalité puisque de toutes façons leur statut demeurait régi par la loi musulmane. Eux ou leurs descendants figurèrent désormais avec les Marocains dans les statistiques10. En 1907, ils formaient plus d¹un cinquième de la population d¹Oujda qui comptait quelque 6.000 habitants. Pour 1910-1911 Louis Voinot11 parle de 1.500 Algériens groupés en 300 foyers, mais le recensement de 1911 cité par Augustin Bernard12 n¹enregistrait que 200 Algériens sujets français. A vrai dire, il est difficile de se faire une idée non seulement du chiffre exact de cette population, mais aussi de sa position par rapport à la France. Surtout que le statut de « sujet français » n¹a pas toujours été facilement reconnu par l¹Administration française. Ainsi beaucoup d¹Algériens se sont trouvés «noyés dans la masse des Marocains, faute d¹avoir entrepris les démarches pour faire connaître leur origine algérienne et donc leur qualité de sujet français, ceci plus au moins volontairement»13. De nombreuses familles ont fini par avoir la nationalité marocaine. Telles que les familles Ben Mansour, Abdelghani, Ouled Sadouni...etc. D¹autres, d¹origine algéro-turque (Koulouglis) restèrent sans nationalité. H. Lombard explique qu¹il y avait des familles qui recevaient du Makhzen marocain l¹indemnité due aux Mouhajirin et prenaient la précaution d¹inscrire leurs enfants à l¹état-civil de Tlemcen ceci dès avant l¹occupation française du Maroc. C¹est le cas des Triqui et des Meziane. D¹autres ont préféré ne pas se manifester comme tels et passer pour des Marocains. Il remarque aussi que la présence des Algériens à Oujda représentait un atout pour la France. Il écrit : «dans ce Maroc étranger à la France, les Algériens qui vivaient même musulmans, même ayant fui la domination française et n¹aspirant qu¹à se fondre dans la population qui les entourait, servaient déjà l¹intérêt français commercialement et politiquement, le plus souvent involontairement» 14
Cette participation massive des Algériens dans l¹administration du Protectorat leur a donné, aux yeux des Marocains, l¹image de gens qui se rapprochaient des Français et s¹éloignaient de leurs frères musulmans. Ainsi ils sont traités de «shab nçara» c¹est-à-dire «les amis des Chrétiens»15. Avec le temps, les Algériens sont devenus moins indispensables pour l¹administration française, ils furent progressivement remplacés par des Marocains pour les petits emplois. On réglementa leur admission au Maroc, surtout on changea le statut des fonctionnaires qui furent assimilés aux Marocains en 1926. L¹arrêté viziriel du 8 janvier 1926, déplaçait les fonctionnaires algériens musulmans du cadre français vers le deuxième cadre spécial marocain et assimilé. Les Algériens, à travers la Fédération des Algériens musulmans du Maroc, ont protesté contre cette réorganisation de 1926. Ils ont exprimé leur refus de cette confusion avec les Marocains, allant même jusqu¹à accuser la France de « racisme assimilateur ». La Fédération des Algériens musulmans du Maroc rappelle que « de nombreux algériens abandonnant leur situation en Algérie ou même interrompant leurs études, ont répondu à l¹appel de la France, se sont expatriés, ont donné au Maroc sa première armature et ont pu rendre au Protectorat de réels services... ; que la nationalité prime l¹origine et que le racisme assimilateur qui leur est opposé n¹est pas appliqué aux Israélites, le Juif algérien conservant un statut distinct et supérieur à celui de Juif marocain ».16 De même les salariés algériens ne pouvaient plus bénéficier de la législation sociale appliquée aux citoyens français. N¹étant pas des citoyens mais des «sujets français», ils ne pouvaient pas bénéficier de la majoration de traitement de 38% et du remboursement des frais de voyage en congé accordés aux Français.
Malgré ces inconvénients, les Oranais continuaient d¹affluer vers le Maroc. Ils étaient 2471 en 1926, ils passent à 4594 en 1936. (Š) Oujda fut leur point d¹arrivée, plus de la moitié des Algériens au Maroc en 1936 vivaient dans cette ville (57,6%). Pourtant le Maroc aussi se fermait plus au moins à leur émigration, à cause de la crise économique. A partir de cette période, les conditions d¹entrée des étrangers au Maroc, donc des Algériens dans ce cas, sont devenues dures, avec le dahir du 20 octobre 1931, dont les dispositions furent renforcées en 1934, avec l¹obligation de disposer d¹un contrat de travail accordé par l¹employeur pour une durée d¹un an minimum. Ce contrat devait être visé par le Service du Travail de Rabat. Les Algériens protestèrent contre cette loi, surtout que l¹entrée des Marocains en Algérie était pratiquement libre subissant de ce fait une concurrence sur le marché du travail algérien sans réciprocité.17
La troisième vague d¹immigration « supportée » et non pas « appelée », selon l¹expression de H. Lombard. Elle est composée essentiellement de travailleurs sans capitaux à la recherche d¹emplois et qui vont se confondre avec les prolétaires marocains. Ce caractère nouveau s¹est affirmé après la seconde guerre mondiale. A Oujda le nombre d¹Algériens passa de 4.813 en 1943 à 14.322 en 1951, leur nombre a triplé en l¹espace de huit ans. Cela concernait aussi les autres villes ou villages de la région orientale du Maroc comme Berkane, Ahfir, Taourirt. (Š). Ces immigrants sont majoritairement des ouvriers sans qualification. Un grand nombre s¹adonna à la contrebande qui régnait à Oujda. « Une population algérienne s¹est créée qui se compose de gens sans profession déterminée, instables, chômeurs... se rapprochant de la plus basse couche sociale marocaine tout près de laquelle ils vivent »18. A la fin de la guerre ce mouvement s¹intensifia, avec une foule de gens sans contrat de travail qui créait des petites boutiques et vivait avec les Marocains démunis dans des quartiers ou « villages » périphériques.
Le dernier afflux est lié aux événements de la guerre d¹indépendance de l¹Algérie déclenchée en 1954. A partir de cette date des milliers de réfugiés algériens s¹installèrent à Oujda ;
2éme partie
Les conditions socio-économiques
de la communauté algérienne à Oujda
L¹étude vise l¹évolution du statut de ces immigrés au sein de la société marocaine en général et dans la ville d¹Oujda plus particulièrement.
Leur condition a évolué au fur et à mesure des différentes vagues d¹immigrations. Les premiers exilés, les Mouhajirins, ont été bien accueillis et bien traités par le Makhzen marocain. Il y avait parmi eux de nombreux commerçants aisés et des personnalités influentes. L¹arrivée constante de nouveaux flux migratoires a modifié profondément la composition sociale de cette communauté. En fait, à Oujda, les Algériens n¹étaient qu¹à « demi-étrangers » rapporte H. Lombard. Leurs caractéristiques sociologiques ont aussi évolué durant un siècle d¹immigration, En fonction de plusieurs facteurs liés à la politique coloniale de la France en matière d¹immigration. En 1938, M. Decroux qualifie la situation des Algériens au Maroc d¹«anormale » et de moins nette qu¹en Tunisie. Ils sont traités parfois comme des Français, tantôt comme des Etrangers et tantôt comme des Marocains.
«Les Algériens ne sont assimilés ni aux citoyens Français, ni aux étrangers, ni aux Marocains. Ils ne peuvent comme les citoyens, accéder à tous les emplois du Protectorat, ils ne sont jamais choisis comme assesseurs pour former les tribunaux criminels, ils ne sont pas membres du collège électoral français, etc.
Ils ne peuvent pas, comme les étrangers, adhérer aux syndicats professionnels, participer à l¹¦uvre de la justice française en qualité de jurés. Ils ne participent pas, comme les Marocains, à la vie politique du pays, ils ne font pas partie des Chambres consultatives, du Conseil du gouvernement, etc. (Š) Comme les Marocains, ils sont affectés à un cadre spécial de fonctionnaires, n¹ont pas la liberté syndicale, etc.»20
A début du Protectorat, ils constituaient un groupe social intermédiaire entre la colonie française et les Marocains. Ils étaient mieux traités par les autorités coloniales et jouissaient d¹une place avantageuse dans la société « oujdie ». Ils servaient l¹administration comme intermédiaires entre Français et Marocains : interprètes, fonctionnaires, enseignants, etc. Mais à partir des années trente, la situation évolua au préjudice des Algériens. Ils ont peu à peu perdu leur place d¹intermédiaires. L¹administration française favorisa de plus en plus le recrutement des Marocains. Mais dans l¹ensemble, les Algériens étaient plus avantagés. Chez les Algériens le taux de scolarisation était plus élevé, ils avaient aussi plus accès aux professions libérales. Certains ont même pu parvenir à occuper de hauts postes à Rabat. C¹est le cas de Kaddour Ben Gharbit (1873-1954), directeur du protocole impérial et de la chancellerie, Maameri vizir du palais royal et du protocole auprès du Sultan Mohamed V. 21
Une autre caractéristique de la communauté algérienne d¹Oujda, c¹est qu¹elle a conservé son particularisme. Cela est dû principalement à l¹arrivée successive des nouveaux immigrants. Malgré la similitude des deux sociétés, algérienne et marocaine, et les liens religieux et culturels qui les unissent, les Algériens formaient une communauté à part. Les premiers arrivés avaient une assemblée «la jamaa des gens instruits» qui défendait leurs intérêts auprès de l¹Administration. En 1933 celle-ci est remplacée par l¹Amicale des Algériens d¹Oujda. En réalité ce particularisme ne concernait qu¹une partie des Algériens, la classe aisée qui se distinguait par son comportement extérieur, sa mentalité, son degré d¹occidentalisation. Appelés par les Oujdis les « évolués ». Il s¹agit de l¹ancienne bourgeoisie issue du commerce et des professions libérales et une partie des enseignants. Les mariages entre les membres de cette communauté et les Marocains sont restés très limités. L¹enquête de H. Lombard recense en 1952 quinze mariages «mixtes» seulement. Mais, selon Y. Katan22 dans les milieux populaires les mariages devaient se faire « à l¹amiable» et ne laissait aucune trace administrative.
Evolution numérique et origines
de la communauté algérienne d¹Oujda
- l¹origine de cette immigration :
Les Algériens installés à Oujda et sa région venaient en majorité de l¹Oranie, en particulier de Tlemcen et Nedroma. A. Guitouni23 établit une liste des patronymes répartis par l¹origine géographique. Selon cette liste, sur les 131 noms de familles, l¹Oranie en totalisait 88% répartis de la façon suivante : Tlemcen 33% ; Nedroma 30%, 25 % provenaient des autres localités de l¹Oranie telles que Mascara,Marnia, Mostaganem...etc.
Le reste des patronymes, soit 12% provenait de Kabylie, du Sud oranais ou d¹ailleurs.
- L¹évolution numérique :
Avant l¹occupation française d¹Oujda en 1907 les Algériens ne dépassait pas le millier ; et 1.377 en 1910. Ce nombre connaîtra une augmentation rapide après l¹instauration du Protectorat comme le démontre le tableau suivant :
Source : L. Voinot, 1912, M. Lemaille, 1937. Services Central des Statistiques, Rabat. Cité par A. Guitouni, 1995, p.95.
- Activités professionnelles et répartition géographique à Oujda.
Il n¹y avait pas de quartier algérien à Oujda. Cependant au début du XX e siècle ils étaient plus nombreux dans les villages suburbains comme Dhar Mellah ou « zone des jardins », Darb M¹Basso. Ils avaient même leur propre mosquée.24 Avec l¹afflux intensif d¹Algériens au cours de l¹après guerre et l¹arrivée massive d¹ouvriers sans qualification, ils s¹installent dans les quartiers périphériques. Soit à l¹ouest d¹Oujda tels que Villages Khaloufi, Chrif-N¹Gadi et Mir Ali, où ils représentaient 3,25% de la population totale en 1955, soit dans les villages du Nord où il totalisent 1824 soit 17,49% de la population totale. Dans les villages dits « agricoles » du 3ème arrondissement ils représentent 22%. (644 personnes).25
On peut suivre les activités professionnelles exercées par les Algériens d¹Oujda, grâce aux indications reproduites par M. Lemaille en 1937, de l¹enquête de Lombard en 1951 et de l¹Annuaire marocain.26
La distribution dans les professions en 1937 établie par Lemaille27 permet de remarquer que les chefs d¹entreprise sont plus nombreux que les ouvriers ou les employés. On peut regrouper ces renseignements de la façon suivante :
Les renseignements qui ressortent de l¹enquête de M. Lombard en 1951 qui porte sur 3.200 foyers sont les suivantes :
-620 dans l¹agriculture
-760 dans le commerce
-240 dans l¹artisanat
-808 ouvriers
-262 fonctionnaires
-10 professions libérales dont : (2 médecins, 3 avocats, 1 défenseur agrée, 3 pharmaciens, 1 dentiste). Plus une population flottante de 500 chefs de familles profitant de l¹ « osmose frontalière de la Région d¹Oujda »
Parmi les commerçants, l¹enquête signale « un quart d¹entre eux comme commerçants en gros, industriels, transporteurs etc. 170 sur 760 commerçants correspondant à cette grande bourgeoisie dont nous avons déjà parlé, le reste est formé de «boutiquiers».
Ce mouvement migratoire prit fin subitement avec l¹indépendance de l¹Algérie en 196228. Un mouvement massif de reflux vers l¹Algérie se produisit alors. Ainsi le pourcentage des Algériens dans les villes de l¹Oriental passa de 20% en 1960 à 2% en 1971, avec un peu plus de 7.000 personnes dont 5.000 à Oujda et un millier dans la ville frontalière d¹Ahfir. Au recensement de 1982, 5.500 Algériens seulement vivaient dans la région orientale, cette baisse est due à l¹accès d¹un bon nombre d¹Algériens à la nationalité marocaine. Et presque à la même date (en 1984), le nombre de Marocains résidant en Algérie était estimé à 200.000, soit 17,5% de la population marocaine à l¹étranger.29
Par Mimoun AZIZA
Département d¹Histoire. Faculté des Lettres et des Sciences Humaines. Université de Meknès
Notes :
1- Yvette Katan dans son ouvrage consacré à la ville d¹Oujda à l¹époque du Protectorat et Abdelkader Guitouni dans son étude sur le Nord-Est marocain (voir bibliographie), fournissent des données importantes et essentielles à la compréhension de ce phénomène.
2- A ; Guitouni, Le Nord-Est marocain, réalités et potentialités d¹une région excentrée. Oujda, 1995, p.103
3- Ces documents font partie de ce qu¹on appelle la littérature coloniale, les auteurs de ces documents étaient des responsables dans l¹administration française soit au Maroc ou en Algérie.
4- Centre des Hautes Etudes sur l¹Afrique Musulman.
5- Luis, Voinot, Oujda et l¹Amalat, Fouque. Oran, 1912; H, Lombard, (1938), « aspects de la situation et du rôle de l¹immigration algérienne musulmane dans la région d¹Oujda », mémoire de C.H.E.A.M.
6- Mohamed Bendaoud, ³Tarikh Tétouan² en arabe (histoire de Tétouan), Rabat, 1959-1979, tome 8, p. 314
7- Ibid, p.357.
8- Op.cit. p.9
9- Yvette Katan, Oujda, une ville frontière du Maroc (1907-1956), L¹Harmattan, Paris, 1990. p.432.
10- Y. Kattan cite le Khalifat du pacha d¹Oujda en en poste en 1955 qui, bien qu¹originaire de Géryville en Algérie, se considérait comme marocain.
11- Op. cit. p.37.
12- Augustin Bernard, Les confins algéro-marocains. Larose, 1911.
13- Y. Katan, p.437.
14- Op.cit. p. 5
15- M. Lemaille, Les Algériens à Oujda, Bulletin du Comité de l¹Afrique Française, n°5, mai 1937. p. 42.
16- Rapport de la Fédération des Algériens musulmans au Maroc sur la situation des Algériens musulmans au Maroc, cité par H. LOMBARD, op. cit. p. 26.
17- Il s¹agit de l¹émigration saisonnière des Marocains vers l¹Algérie, c¹est un vieux phénomène qui début vers la deuxième moitié du XIX e siècle et qui a pris de l¹ampleur pendant la période du Protectorat au Maroc. voir à ce propos les articles de Mimoun AZIZA,(2004), « Le Rif : terre d¹émigration. D¹une migration saisonnière vers l¹Algérie à une émigration permanente en Europe», Academia Bruyant, Bruxelles ; et «histoire d¹une migration, les Rifains en Algérie (1912-1956)», in Revue d¹Histoire Maghrébine, numéros 91-92,. Zegouane, Túnez, 1998.
18- H. Lombard, p.31.
19- P. Depis, 1962, notes sur le problème des réfugiés algériens au Maroc oriental (mars 1956- mai 1962), mémoire pour le C.H.E.A.M.
20- P. Decroux, les Algériens musulmans au Maroc ; condition juridique et sociale. Boulogne sur Seine, 1938, p. 95.
21- Charles Andre-Julien, (1978), Le Maroc face aux impérialismes, 1415-1956. Paris, Ed. Jeune Afrique.
22- Y. Katan, op.cit. p.458-459
23- Op.cit. p. 450
24- L. Voinot. P. 40
25- Capitaine HERAND, les villages suburbains d¹Oujda, mémoire pour le C.H.E.A.M. 1952. 64p.
26- Annuaire marocain, Imprimeries réunies, Casablanca 1952.
27- Op.cit., p. 18
28- Je trouve intéressant de signaler qu¹e n mai 1962, juste avant l¹indépendance de l¹Algérie en juillet, suivie du départ massif des Algériens, la formation de l¹équipe de football MCO d¹Oujda était à moitié algérienne , 5 joueurs sur 11 étaient algériens : Dey (gardien de but), Harchaoui, Sabi, Chellal et Boufelja. Cf. A. Guitouni, op.cit., p.25.
29- A. Guitouni, op.cit., pp.103-105
02 Déc 2007
EN 1945,LA SHOHA EN ALLEMAGNE,EN 1975LA CHOUHA AU MAROC
Auteur : mémoire 54
Durant la deuxième guerre mondiale un président Allemand de triste mémoire a décidé de déporter des gens car ils étaient différents ; juifs ou tziganes.
En 1975 en dehors de toute guerre, un autre président a ordonné la déportation
de 40 000 milles personnes pour la simple raison est qu’ils étaient différents : Ils étaient Marocain.
Comme jadis les tziganes et juifs n’avaient jamais connu d’autres pays que l Allemagne aujourd’hui ces marocains pour la majorité n’avaient que très peu ou pas connu du tout le Maroc.
Ils avaient acquis les réflexes, les habitudes, le caractère et le tempérament algérien.
Ils ne leur maquaient que ce tout bout de papier pour être considérés comme des algériens.
Or, c’était mal connaître Boumediene.
Il va décider autrement, il proclamera que ces marocains ne méritaient pas ce pays.
Ils ne méritaient pas d être algériens à part entière. Ils n’étaient pas dignes d’être algériens.
Nous sommes en 1975, Hassan 2 avait ordonné une marche verte pour récupérer le Sahara aux espagnoles, Boumediene vexé ne l’entendait pas de cette oreille il va se venger de Hassan II, comme il ne peut l’atteindre personnellement, il fera payer le peuple Marocain.
Il organisera à son tour sa marche, il l’appellera la marche noire.
Comme au pire moment du pouvoir nazi en Allemagne, Boumediene va organiser la pire rafle qui puisse exister, il ordonna la chasse au marocain.
La chasse à des musulmans comme lui, la chasse à des hommes à des femmes et à des enfants dont le seul crime est d appartenir à ce pays maudit qu'est le Maroc.
Ce pays où il sillonna pourtant jadis à Oujda comme à Berkane ou encore à Ahfir des villes où il a ses cachettes, ses caches d’armes, ses hôpitaux où les soldats algériens blessés viennent se faire soigner.
Oui, Boumediene donna des ordres stricts à des fonctionnaires zélés, ils chasseront du marocain comme on chasse le gibier sous les yeux interloqués et désapprobateurs du peuple.
Ce peuple algérien qu'une une junte militaire tient sous a botte.
Ce peuple qui a perdu tous ses grands révolutionnaires algériens les vrais, les pures qui furent soit liquidés soit écartés.
Boumediene règne en maître absolu, il en veut à Hassan, il châtiera le peuple marocain.
La chasse au marocain mettra 40 .000 marocains sur les routes de la déportation. 40 000 âmes qu’il jettera dans la rue avec l’interdiction absolue d’amener plus que les simples habits portés.
Dehors ! Nous ne voulons pas de vous. Rentrez chez vous !
Allez rejoindre le maroqui bouchkara.
Allez dans votre Sahara.
Allez rejoindre votre majesté, il s occupera de vous.
Voilà quelques phrases et encore les plus polies qu’entendront les 40.000 déportés.
Ballottés, jetés, poussés, ils seront balancés à travers une frontière.
40 .000 victimes d’une injustice aveugle.
Drôle de conception de l’humanisme que bon nombre de responsables algériens pressentes en ces temps mettent en avant aujourd’hui pour défendre la cause d autres réfugies à Tindouf.
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